Préservation de la biodiversité en Guyane : les enjeux
Riche d’une biodiversité exceptionnelle et globalement en bon état écologique, la Guyane doit cependant faire face à un ensemble de pressions humaines qui peuvent dégrader l’environnement : orpaillage (recherche d'or) légal et illégal, surpêche, activités minières, déboisement pour diverses raisons, pollution des cours d’eau, changement climatique.
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Vue d'une rivière en Guyane
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Photo : Hadrien Lalagüe © Association Guyane Wild Fish
Des populations humaines autrefois en équilibre avec la forêt
Photo : Hadrien Lalagüe © Association Guyane Wild Fish
La forêt guyanaise abrite encore des populations amérindiennes qui vivaient depuis des millénaires en équilibre avec la forêt.
Dans ces sociétés animistes comme les Wayana qui vivent dans le haut Maroni, les croyances structurent les relations avec le vivant et protègent la communauté. La chasse et surtout la pêche sont pratiquées dans le respect des tabous.
Avec l’arrivée des colons, des missionnaires et de la civilisation occidentale, la vie des Wayana a beaucoup changé.
À partir de 1998, ils ont accepté la nationalité française, les prestations sociales associées leur permettant l’achat de matériel de chasse et de pêche. Cela a bouleversé le fonctionnement traditionnel de leur société. Bien que leur territoire soit maintenant protégé, il est largement exploité par les orpailleurs illégaux. Beaucoup de Wayana vivent à proximité des camps d’orpaillage clandestins. Le mercure utilisé pour purifier l’or atteint leurs organismes et entraine des troubles neurologiques, des malformations des nouveau-nés... Leur santé physique et psychologique se dégrade.
Activités minières et déboisement fragmentent les forêts
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Photo : Hadrien Lalagüe © Association Guyane Wild Fish
La Guyane est l’une des zones équatoriales les moins touchées par les activités humaines. Cependant, l’augmentation de la population et le développement des activités minières entraînent la dégradation de la forêt. Et cela est dramatique pour la biodiversité aquatique : les sols sont mis à nus par le traçage des pistes forestières, entrainant les sédiments vers les rivières qui deviennent troubles. Les insectes et crustacés, précieuse source de nourriture pour les poissons, se raréfient, diminuant les effectifs d'espèces de poissons et de mammifères. Et ces zones déboisées sont exposées au soleil, ce qui réchauffe l’habitat forestier, initialement sombre, dense et humide.
L’orpaillage, un désastre environnemental
Le sous-sol de la Guyane est riche de métaux, dont l’or. Mais son exploitation est une catastrophe environnementale, sanitaire et sociale. Bien que souvent petites, les exploitations sont pour la plupart illégales même si certaines ont des liens avec les exploitations légales. On estime de 7 à 10 tonnes d’or la quantité extraite chaque année, la plupart illégalement.
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Photo : Hadrien Lalagüe © Association Guyane Wild Fish
Les conséquences sont multiples : les trafics, la prostitution et la délinquance augmentent, avec des effets en premier lieu sur les populations humaines des communes de l’intérieur. Les berges des rivières s’érodent, l’eau devient fortement boueuse et asphyxie la flore et la faune aquatiques. Les hydrocarbures et le mercure utilisé pour amalgamer l’or, très toxiques, contaminent l’environnement. Les poissons prédateurs qui accumulent ce mercure dans leur chair sont consommés par les populations locales avec des conséquences sanitaires importantes.
Le poisson, une ressource alimentaire
La pêche en eau douce est traditionnellement très pratiquée en Guyane, dans des milieux variés : fleuves, rivières, zones humides, estuaires. C’est une activité de loisirs, mais également une ressource alimentaire essentielle pour la majeure partie des populations de l’intérieur du territoire. Les modes de pêche traditionnelle se perdent.
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Photo : Hadrien Lalagüe © Association Guyane Wild Fish
Aujourd’hui, la pêche est pratiquée avec des filets trémail, qui ne sélectionnent pas les poissons. La diminution du stock de poissons due à une population croissante et à l’orpaillage fait grimper les prix. Les eaux des rivières deviennent plus troubles et polluées par le mercure. Cette situation risque de s’aggraver avec le changement climatique qui fait monter la température de l’eau et baisser sa teneur en oxygène.
Cela est particulièrement problématique pour les populations vivant sur l’amont des fleuves Oyapock et Maroni, dont la consommation de poisson est 4 à 5 fois plus élevée que la moyenne nationale.
Le changement climatique en Guyane
Il n’épargne pas la Guyane. D’ici 2100, le réchauffement pourrait atteindre 4 °C et les précipitations diminuer de 25 %. La montée de la mer de 80 cm pourrait faire reculer le rivage dans certains secteurs et rendre les marécages plus salins.
Mais dès aujourd’hui, il transforme les paysages et bouleverse les écosystèmes : vagues de chaleur, sécheresses, fortes inondations… La Guyane est particulièrement sensible : les forêts s’assèchent et captent moins de carbone, la biodiversité végétale y a déjà diminué de 20 %. Les mangroves dépérissent et relâchent des métaux lourds toxiques. L’eau s’évapore des cours d’eaux et des sols qui deviennent compacts et infertiles.
Les conséquences sur la population humaine sont importantes : maladies dues aux pollutions de l’air et de l’eau, épidémies virales, destruction des habitations lors des crues, réseaux et équipements dégradés, pertes des rendements agricoles… Le tableau est alarmiste et la Guyane doit se préparer au changement.
La forêt Guyanaise, une biodiversité exceptionnelle
La Guyane, c’est plus de 600 espèces de poissons d’eau douce dont plus de la moitié sont endémiques. C’est aussi 5500 espèces de végétaux, 700 d’oiseaux, 189 de mammifères et 132 d’amphibiens. 90 % de sa surface est recouverte d’écosystèmes parmi les plus riches et les plus fragiles du monde : forêts, mangroves, savanes, rivières et marais…
Pour connaitre, comprendre et protéger ces milieux, des organismes comme l’Office Français de la Biodiversité, le Parc Amazonien de Guyane, l’INRAE, l’IRD, le CNRS, le Muséum national d’Histoire naturelle et de nombreux acteurs locaux mènent des projets d’études, de suivi des populations, de conservation d’espèces, de sensibilisation de la population locale.
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Photo : Hadrien Lalagüe © Association Guyane Wild Fish